Trotteur pour bébé : toutes les raisons d’y renoncer dès aujourd’hui

Quel parent n’a pas hâte de voir son enfant marcher avec aisance alors qu’il commence à ramper et à faire du quatre pattes ! Si c’est votre cas, vous vous interrogez certainement sur l’acquisition d’un trotteur pour bébé. Communément appelé youpala, ces sièges suspendus munis de roulettes, destinés aux 5-15 mois, ont de quoi séduire les parents. Pourtant, leur utilisation est en cause dans de nombreux accidents qui nécessitent un passage aux urgences. De quoi s’interroger sérieusement sur la dangerosité des trotteurs.

Vous avez des doutes ? Moi aussi, en tant que maman, j’en ai eus et je me suis renseignée. J’ai appris qu’au delà des accidents, l’utilisation des trotteurs peut présenter des risques pour le développement psychomoteur de nos enfants. En m’informant, j’ai aussi découvert que la plupart des autorités et professionnels de santé mettent en garde les parents. Alors j’ai opté pour des alternatives sécurisées qui pourraient aussi vous convenir… Mais si vous vouliez quand même faire usage d’un trotteur, vous trouverez aussi des recommandations pour un usage encadré de cet objet de puériculture controversé, non sans raison.

Youpala et trotteur pour bébé, à l’origine d’un risque accru d’accidents

Des accidents domestiques plus précoces

Il est évident que les bébés qui commencent à vouloir marcher présentent statistiquement plus de cas d’accidents que les nouveaux nés. Selon une récente étude portant sur 230 676 accidents survenus entre 1990 et 2014 aux Etats-Unis, le risque est avancé de quelques mois .

Trotteurs bébé et Accidents par âge aux Etats-Unis chez les enfants
Ventilation par mois et sexe des accidents impliquant des trotteurs aux Etats-Unis (1990 – 2014)
(source : Journal Officiel de l’Académie Américaine de Pédiatrie)

Côté français, l’utilisation du trotteur a tendance à avancer également l’âge de survenue des accidents en France :

  • Dans le cas des chutes dans l’escalier, l’âge moyen observé est de 24 mois alors qu’il tombe à 9 mois quand l’enfant utilise un trotteur.
  • Pour les brûlures, l’âge moyen est de 12 mois sans trotteur et tombe à 9 mois quand il est fait usage d’un trotteur.

Entre 5 et 15 mois, les trotteurs sont responsables de 15% des accidents domestiques selon une étude réalisée aux urgences pédiatriques de Nancy en 2005 – 2006. Tous ces chiffres méritent d’être portés à la connaissance du plus grand nombre pour alerter les parents sur les dangers potentiels des youpalas.

Exemple de trotteur pour bébé : nacelle avec roulettes et table d’éveil

Les accidents les plus fréquents

Le trotteur permet à l’enfant de gagner en vitesse et d’atteindre un degré de mobilité sans rapport avec son niveau réel de développement psychomoteur. Et même si un adulte est dans les environs, il peut être pris de court ou ne pas avoir les réflexes suffisants pour éviter un accident.

Voici une liste des principaux risques d’accident majorés par l’utilisation d’un trotteur pour bébé

  • les chutes : avec un risque accru si l’environnement comporte des escaliers ;
  • la bascule : un petit dénivelé au sol, comme un simple pas de porte ou un tapis suffit pour que l’enfant bascule.
  • la percussion avec des meubles ou des murs : du fait de la vitesse que le trotteur peut prendre alors que l’enfant ne peut pas le maîtriser.
  • les brûlures : la surélévation dans la nacelle permet à l’enfant d’atteindre des endroits et des objets normalement inaccessibles. Tirer sur le cordon d’une bouilloire ou d’un fer à repasser prend une fraction de seconde pour se transformer en catastrophe.

Les traumatismes liés à l’usage du trotteur pour bébé

Par ordre de fréquence, voici les conséquences des accidents survenus suite à l’utilisation d’un trotteur

  • Traumatismes crâniens : de loin les plus importants. L’enfant tombe souvent sur la tête d’autant plus que le ratio poids de la tête / poids du corps est plus important que chez l’adulte. Le plus souvent les traumatismes sont légers mais certains sévères engendrent des séquelles importantes voire des décès.
  • Brûlures et intoxications
  • Traumatismes dentaires
  • Fractures des bras
  • Noyades : des enfants tombés dans une piscine aux Etats-Unis alors qu’ils se déplaçaient en trotteur.

Pour résumer un peu tout pourquoi le trotteur pour bébé est loin d’être l’ami de nos petites fripouilles, vous pouvez consulter cette vidéo.

Vidéo sur les trotteurs pour bébé réalisée par le Conseil Général du Val de Marne

Youpala et trotteur pour bébé, défavorables au développement psychomoteur

L’apprentissage de la marche via le trotteur se distingue d’un apprentissage classique par plusieurs aspects :

  • l’appui se fait sur le talon normalement alors qu’avec le trotteur, il se fait sur les orteils ;
  • la musculature ne se développe pas de la même manière car l’enfant ne sollicite pas exactement les mêmes endroits de son corps ;
  • l’enfant apprenant à marcher développe des réflexes pour se protéger en cas de chute. Le jour où l’enfant n’a plus le trotteur pour le protéger, les chutes peuvent être plus difficiles à gérer car il n’a pas acquis ces réflexes.
  • apprendre à marcher, c’est apprendre à maîtriser le déséquilibre. Or le youpala, en plaçant l’enfant dans la nacelle, ne le met jamais en situation de pouvoir acquérir cette capacité.

Plusieurs études scientifiques ont été réalisées depuis 1972. L’objectif est d’évaluer les effets des trotteurs pour bébé sur leur développement psychomoteur. Ces recherches ont porté sur des enfants sains et sur des enfants présentant des troubles psychomoteurs. Les résultats convergent pour dire que l’usage du trotteur serait responsable :

  • d’anomalies posturales comme un moindre développement du quadriceps entraînant une inclination du tronc, une démarche saccadée et de moins bons réflexes d’équilibre. Ces conséquences sont le plus souvent réversibles.
  • d’un retard d’acquisition du quatre pattes, de la position debout sans aide et de la marche sans aide.

Ces conséquences sont renforcées si l’usage est très précoce et/ou intensif. A l’inverse, aucune étude scientifique n’a démontré les effets bénéfiques du trotteur pour bébé.

Enfin, il est à noter que la plupart des trotteurs ont une base opaque en raison de la table d’activités qu’ils proposent. L’opacité de l’objet empêche l’enfant de voir le bas de son corps donc ses jambes. Or le rétrocontrôle visuel, c’est-à-dire la capacité d’exercer un contrôle de nos gestes et de nos mouvements, intervient dans l’apprentissage du développement moteur. En gênant cette capacité, les youpalas peuvent nuire au développement moteur.

Interdiction et prévention pour un meilleur usage du trotteur pour bébé

Des recommandations variables selon les pays

Etant donnés ces différents constats, plusieurs pays se sont prononcés contre l’utilisation et la vente des youpalas. Ainsi le Canada a décidé d’interdire depuis 2004 la publicité, la vente et l’importation de trotteurs.

D’une manière générale, les pays anglo-saxons où l’usage du trotteur pour bébé est plus répandu sont en pointe pour les demandes d’interdictions.

Taux d'utilisation des trotteurs pour bébé selon les pays
Taux d’utilisation des trotteurs pour bébé selon les pays (source)

Ainsi, l’Académie Américaine de Pédiatrie milite depuis 1993 pour que ces objets soient interdits à la vente aux Etats-Unis. La mise en place de contraintes de fabrication constitue une première étape. Désormais un frein est obligatoire et la largeur du trotteur doit être supérieure au cadre d’une porte pour éviter que bébé puisse se déplacer seul d’une pièce à l’autre. De même des associations de pédiatres et professionnels de la petite enfance militent en Australie, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni pour faire cesser la commercialisation de ces objets.

En France, la position du Sénat prise en 2004 au sujet des trotteurs renvoie la responsabilité aux parents. Elle précise : « En tout état de cause, interdire les trotteurs ne supprimera pas le risque qu’un enfant puisse tomber dans les escaliers dès qu’il commencera à se déplacer que ce soit en rampant, en marchant ou en roulant grâce à un trotteur. » Evidemment la vigilance des parents est primordiale comme pour tout en matière d’éducation. Mais tous les parents n’ont pas un usage raisonnable de cet objet de puériculture. Du coup, je trouve qu’il n’est pas aberrant de vouloir interdire une source d’accidents évitables qui représente aussi un coût pour la société.

Quelles précautions prendre ?

Je reprends ici les éléments disponibles dans la plaquette réalisée par l’European Child Safety Alliance.

Recommandations sur le youpala lui-même

Si malgré tout ce que vous venez de lire, vous souhaitez quand même acheter un trotteur pour bébé, alors il est préférable de vérifier que :

  • que le trotteur est conforme à la norme européenne EN 1273: 2005 – Articles de puériculture – Trotteurs – Exigences de sécurité et méthodes d’essai ;
  • qu’il est plus large que l’encadrement des portes pour que l’enfant ne puisse pas se déplacer de pièce en pièce;
  • qu’il est équipé d’une poignée pour vous permettre d’arrêter l’enfant en haut d’un escalier.

Recommandations quant à l’environnement pour un usage plus sécurisé

  • si votre logement comporte un escalier, installez une barrière de protection en haut des escaliers et assurez-vous qu’elle fonctionne ;
  • rendez votre cuisine inaccessible au trotteur pour tenir les bébés éloignés des sources de chaleur (four, plats…). De même si votre salon comporte une cheminée ou un poil !
  • assurez-vous que les cordons des appareils ménagers ne soient pas accessibles ;
  • retirez tous les objets à portée de main de votre bébé qui pourrait être un danger : cigarettes/cendriers, alcool, médicaments ;
  • vérifiez que votre sol est lisse : retirez les tapis et tout élément perturbateur sur le sol. Restez près de votre enfant pour l’aider à franchir les pas des portes si nécessaire ;
  • veillez à ce que les toilettes et autres points d’eau tels que les piscines ou bassins ne soient pas accessibles avec le trotteur.

Quelles alternatives sécuritaires pour répondre aux besoins de bébé et de ses parents

En plaçant bébé dans un trotteur pour bébé, l’adulte vise plusieurs objectifs :

  • donner une occasion de jouer à l’enfant car le trotteur est équipé d’une table d’activités ;
  • permettre à l’enfant d’apprendre à marcher plus vite en privilégiant la position debout ;
  • limiter le portage et libérer les bras des parents pour d’autres activités puisque l’enfant est autonome.

Les fabricants d’objets de puériculture ont bien compris la puissance de notre désir de voir bébé marcher et de notre besoin d’avoir nos bras libérés. D’où le succès des youpalas. Alors comment faire ?

J’ai une bonne nouvelle pour vous. Sachez que d’autres objets de puériculture remplissent quasiment les mêmes fonctions sans présenter aucun danger. Nous les avons toutes utilisées avec notre petite crapule.

option 1 : le parc. Certains le considèrent comme un lieu d’enfermement à cause de ses barreaux. Mais pour nous, cela a été vraiment une solution idéale. Stanislas y a beaucoup joué durant ses premiers mois sans courir aucun danger. Et nous avons pu vaquer à nos occupations domestiques en gardant évidemment toujours un oeil sur lui !

option 2 : le porte-bébé ergonomique. Là Stanislas ne pouvait pas jouer mais il était à notre contact et nous avions les bras disponibles pour préparer biberons, passer l’aspirateur ou remplir toute autre fonction !

En guise de conclusion….

Personnellement, j’ai vite compris qu’un trotteur ne serait pas une bonne acquisition vu notre environnement. En vivant dans un duplex entre le 2ème et le 3ème étage, cela aurait été une source de stress incessante et inutile… Les arguments relatifs aux méfaits de l’utilisation des trotteurs ont renforcé notre volonté de ne pas nous équiper. Et comme nous avions à notre disposition des alternatives, Stanislas a acquis la marche autour de ses 16 mois !

Références et sources :

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