Parler pour que les tout-petits écoutent

Avec ce billet sur le livre « Parler pour que les tout-petits écoutent », j’entame une série d’articles où je présente quelques unes de mes meilleures lectures en matière d’éducation. Il y a pléthore d’ouvrages sur le sujet, mais seuls certains constituent des références enrichies à chaque nouvelle édition. Véritables mines d’or, ces livres sont souvent passionnants pour qui souhaite apprendre et mieux comprendre comment fonctionnent nos enfants.

Annonçons la couleur tout de suite, je ne vais pas vous proposer une fiche de lecture classique. Je préfère vous partager comment j’ai reçu les enseignements de ces livres. J’explique aussi comment j’ai cherché à les mettre en application dans mon quotidien avec Stan.

Ce que j’aime dans ce livre est que les auteurs mentionnent souvent les réactions des parents qui suivent leurs ateliers. Ce sont les objections classiquement utilisées pour contre-carrer les propositions d’une éducation bienveillante. Ces éclairages successifs recouvrent les propres sentiments du lecteur : nous passons par les mêmes phases que les parents qui viennent aux ateliers.

A noter : le sous-titre du livre « Un guide de secours pour le quotidien avec des enfants de 2 à 7 ans ». Donc ne tentez pas d’appliquer les outils décrits ci-dessous si votre enfant n’a pas encore 2 ans !

Chapitre 1 : Des outils pour gérer les émotions

Ce premier chapitre aborde la question délicate de savoir comment accueillir les sentiments négatifs de nos enfants. Une question que je ne m’étais jamais vraiment posé avant cette lecture. Et c’est ça aussi tout l’intérêt de lire des ouvrages sur l’éducation pour moi : prendre du recul par rapport à mon fonctionnement de maman ou à notre fonctionnement en tant que parents avec Papa crapule.

Accueillir les sentiments de nos enfants

Force est de constater que les sentiments négatifs nous désarçonnent souvent. Ils nous mettent mal à l’aise, encore plus si nous sommes en public, en tout cas pour moi…. Et je ne pense pas être la seule. Nous savons rarement les accueillir correctement, justement par manque de recul. Nous fonctionnons dans l’instantanéité comme nos enfants. Notre rôle d’adulte doit justement consister à être capable d’analyser pour ne pas foncer tête baisser dans le conflit. Dans les faits, nous avons tendance à vouloir évacuer les sentiments désagréables de nos enfants sans en tenir compte alors que les nier contribue à renforcer le mal-être de nos enfants.

Dans ce chapitre de « Parler pour que les tout-petits écoutent », les auteurs utilisent une technique que je trouve intéressante pour démontrer la force de leur propos. Ils cherchent à replacer la manière dont nous nous comportons en comparant les effets qu’auraient nos paroles si nous les appliquions entre adultes. Même si nos enfants ne sont pas des adultes et n’ont pas notre niveau de développement cérébral : ils sont des êtres en devenir. Et, effectivement, on se rend vite compte à la lecture que ça ne fait qu’augmenter la frustration.

Aussi, le premier enseignement du livre est la nécessité de reconnaître les sentiments et propose différentes manières pour y arriver :

  • avec des mots
  • en utilisant l’écrit
  • par des moyens artistiques (en dessinant un personnage avec de grosses larmes par exemple)
  • par l’imaginaire
  • en silence ou presque : parfois un simple son peut suffire à témoigner à l’enfant que vous le comprenez.

Il s’agit d’accepter tous les sentiments, à commencer par la colère, pour mieux circonscrire certaines actions et comportements inappropriés.

J’ai cherché très rapidement à mettre en pratique ces recommandations. Celles que j’utilise le plus et qui fonctionnent le mieux avec Stan sont la reconnaissance par l’écrit et le passage par la fiction.

La reconnaissance par l’écrit

Elle consiste à rédiger une liste de souhaits quand votre enfant formule une demande d’achat que vous ne pouvez (ou voulez) satisfaire.

En la testant au moment des fêtes, je me suis vite rendue compte de la puissance de la liste au Père Noël sans l’avoir envoyée à Livourne. Il est évident que quasiment personne n’a un budget illimité. Or nos enfants nous réclament de nombreux cadeaux au moment des fêtes. Il faut dire qu’ils sont hyper sollicités par les marques qui développent une vraie stratégie pour nous manipuler et nous faire acheter une foule d’objets. Alors notre liste reste aimantée au frigo et facile à actualiser en rentrant d’une sortie shopping.

Une fois Noël passé, la liste au Père Noël se transforme en liste de souhaits, toujours localisée sur le frigo et aussi efficace quand Stan craque sur un objet que je n’ai pas l’intention d’acheter. Cette solution fonctionne si bien que maintenant c’est même lui qui me propose d’inscrire sur la liste !

Cette méthode permet de prendre en compte l’envie de l’enfant au moment où il l’exprime. Son désir n’est pas nié même si la satisfaction de celui-ci est reportée à un moment ultérieur.

Offrir par l’imaginaire

Ce moyen m’est venu assez naturellement une fois que j’ai pris connaissance de cette solution. Rien ne vaut une mise en situation assez fréquente.

Stan veut aller voir un nouveau parc et au moment où nous arrivons à destination, celui-ci est fermé exceptionnellement. S’ensuit un début de crise où il pleure car il éprouve une très forte frustration. Plutôt que de nous braquer et minimiser la gravité de la situation pour lui, je préfère basculer dans l’imaginaire. Je lui propose de parler de son envie que j’identifie à « partir à l’aventure/voir du pays » au lieu de le presser de passer à autre chose. « Tu voulais visiter ce lieu aujourd’hui et tu es triste que ce soit fermé ? Que pourrions-nous faire à la place ? Tu voudrais aller où ? A la plage ?  » … Une fois qu’il cesse de pleurer, je lui demande : « Si tu avais pu rentrer dans le parc, tu aurais fait quoi à l’intérieur ? »

Bref c’est une manière de reconnaître là encore son désir et de l’orienter sur autre chose. Le plus souvent, cela fonctionne car les enfants adorent partir dans l’imaginaire, très développé chez eux. En l’espace de quelques minutes, Stan a oublié qu’il voulait visiter ce lieu et il passe à autre chose.

A l’inverse, reconnaître par les mots, ce qui semble le plus évident n’est pas forcément le plus efficace, en tout cas pour moi. Parce que souvent les mots sont dits mécaniquement et sans vraiment prendre le temps de reconnaître les sentiments de Stan. Si je suis lucide, je dirai que c’est une reconnaissance superficielle, quand le fait d’utiliser la liste ou l’imaginaire me fait réellement me décentrer et « me connecter » avec Stan. Et c’est finalement cela le plus important.

Avec « Parler pour que les tout-petits écoutent« , j’ai personnellement eu l’impression de faire de vrais progrès dans ma relation avec mon fils. Et ce, pour plusieurs raisons. Les cas pratiques apportés par Joanna Faber et Julie King m’ont permis de faire le lien avec ma propre expérience. Et les synthèses visuelles sous forme de bandes dessinées sont très parlantes. Bref, je me suis plongée dans cette lecture avec beaucoup d’intérêt.

D’autant que les chapitres suivants comme « Des outils pour susciter la coopération » sont tout aussi passionnants.

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