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Le thé enceinte : pourquoi faut-il limiter ma consommation ?

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À l’échelle de la planète, le thé est la deuxième boisson la plus consommée après l’eau. Rien d’étonnant vu que la Chine et l’Inde comptent parmi les plus grands buveurs de cet élixir ! Donc il y a fort à parier qu’il soit l’une des principales boissons consommées durant la grossesse. Que vous le buviez blanc, vert ou noir de préférence, vous voulez sûrement savoir si pouvez continuer à consommer du thé enceinte. Moins excitant que le café, le thé pourrait sembler à première vue une boisson anodine pour la future maman. Mais ce n’est pas exactement la réalité….

Le thé nécessite d’être consommé avec modération pendant la grossesse. En effet, la caféine/théine entrant dans sa composition, a des effets non seulement sur la femme enceinte mais aussi sur le foetus. Enfin, cette boisson aux vertus diurétiques peut aussi avoir des répercussions sur la capacité à absorber le fer et la qualité de vie des futures mamans.

Que contiennent les feuilles de thé ?

Pour comprendre la nécessité de modérer votre consommation de thé enceinte, il faut commencer par évoquer la composition du thé. Mais vous ne naviguez pas sur un site consacré au thé et je ne suis pas chimiste de formation. Donc je ne vais pas rentrer dans le détail de toutes les substances présentes dans les feuilles de thé. D’autant plus que différents facteurs influencent les composants et leur concentration. Le type de thé, le lieu de production, la température de l’eau et le temps d’infusion expliquent des variations parfois importantes. Enfin, le mode de consommation (en sachet et donc en tout petits morceaux ou en feuille entière) influence aussi sur la facilité avec laquelle la caféine se libère dans l’eau.

Mais il y a quand même quelques composants à prendre en compte pour comprendre ses effets sur le corps dans le cadre de la grossesse.

Théine ou caféine, la même molécule

On doit à Alphonse Oudry en 1827 d’avoir isolé la caféine du thé et à l’avoir appelé improprement « théine ». Il a fallu attendre 1838 pour qu’on sache qu’il s’agissait de la même molécule que celle découverte dans le café. Sur le plan chimique, la même formule est utilisée : C8H10N4O2

En revanche, la concentration varie d’une boisson chaude à l’autre :

  • un mug de thé noir (220 mL) en contient en moyenne entre 40 et 50 mg. 
  • une tasse moyenne de café (150 mL) contient approximativement 100 mg de caféine. Évidemment, cela dépend aussi si vous buvez un café filtre ou un expresso
Tasse de café et mug de thé
Un mug de thé (à droite) contient environ 40 à 50mg de théine/caféine.

Du coup, le thé a un effet moins stimulant que le café puisqu’il contient moins de caféine / théine pour un volume équivalent. Cela n’empêche pas certains de se détourner du thé pour lui préférer le rooibos ou les tisanes, sans théine. Mais cela est une autre histoire.

Des tanins qui retardent l’assimilation de la caféine

Mais d’autres paramètres interviennent pour expliquer que le thé soit moins excitant. En effet, le thé délivre aussi des tanins sous l’effet de l’infusion. Ceux-ci explique la couleur du thé. Ils sont aussi responsable la sensation astringente que vous pouvez ressentir après une dégustation de thé.

Les tanins du thé interagissent sur la caféine et la rendent moins vite disponible pour l’organisme. Du coup, ils retardent la diffusion de la caféine dans le sang.

Par ailleurs, si la caféine est vite soluble dans l’eau et nécessite peu de temps pour se libérer, les tanins ont besoin de plus de temps. Donc quand l’infusion dure longtemps, certes la caféine est en quantité mais beaucoup plus de tanins compensent aussi sa présence. Or ils limitent les effet de la caféine !

De la théanine aux propriétés relaxantes

Dernière substance présente à mentionner dans le thé : la présence de théanine (de son petit nom L-théanine), le principal acide aminé présent dans les feuilles de thé. À ne pas confondre avec la théine ou caféine.

Cette molécule a fait l’objet de plusieurs études dont une venant du Japon qui a montré en 2007 que la consommation de L-théanine entraînait une réduction de la fréquence cardiaque dans une situation de stress.

Une autre étude américaine parue dans le Canadian Journal of Physiology and Pharmacology a souligné en 2016 que la caféine et la théanine exercent des effets contraires sur certains processus attentionnels. Elle aussi mis en évidence mais que leurs effets se neutralisent quand elles sont consommées ensemble. 

La théanine aurait enfin un effet relaxant pour le cerveau sans entraîner de somnolence. Bref, cet effet supplémentaire s’ajoute à l’interaction entre la caféine et les tanins pour rendre l’effet du thé moins excitant mais plus durable dans l’organisme. Cela reste ainsi une boisson qui vous procure une bonne hydratation. Boire du thé enceinte fait partie de vos options sous réserve de respecter les recommandations en matière de caféine

La classification de la caféine et les recommandations officielles de consommation

Depuis 2002, l’Organisation Mondiale de la Santé recommande ainsi de consommer au maximum 300 mg/jour de caféine durant la grossesse. Certains pays ont adopté depuis un seuil encore plus restrictif fixé à 200 mg/jour. C’est le cas aux Etats Unis, au Royaume-Uni et en Norvège. 

En Europe, la recommandation de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments précise depuis 2015 :

Des apports de caféine, toutes sources confondues, jusqu’à 200mg par jour consommés tout au long de la journée ne soulèvent pas de problème de sécurité pour le fœtus.

EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments)

La Food and Drug Administration (FDA) a mis en place une classification des médicaments et des substances selon leur risque de tératogénicité, c’est-à-dire la capacité à provoquer des anomalies ou des déformations foetales comme effet indésirable.

La caféine est classée « B » comme le paracétamol. Cela signifie que des études animales n’ont pas montré de risque pour le fœtus mais qu’il n’y a aucune étude humaine contrôlée pour confirmer cette innocuité à ce jour.

L’action de la caféine dans le corps

Les effets néfastes de la caféine sur la grossesse sont controversés selon les études. Mais il est établi que la grossesse modifie la durée des effets de la caféine.

Durée des effets

Une fois dans le corps, la caféine prend quelques minutes à agir même si un maximum d’effet se constate après 30 à 45 minutes. Pour éliminer seulement la moitié de la caféine absorbée, il faut trois à cinq heures. Le mécanisme d’élimination repose sur le travail d’une enzyme CYP1A2. Son rôle est de transformer légèrement la molécule de caféine afin que les reins puissent l’éliminer graduellement.

Or la molécule de caféine traverse librement la barrière formée par le placenta. Par ailleurs, à partir du deuxième trimestre de grossesse, la capacité à l’éliminer se détériore. Du coup, il faut plus de temps pour que la caféine disparaisse du corps. En conséquence, la durée des effets de la caféine augmente de manière significative. 

Par ailleurs le fœtus – comme le nouveau-né et le nourrisson de moins de 9 mois – ne sécrète pas cette enzyme CYP1A2. Du coup, le foetus subit encore plus longtemps les effets de la caféine dans son organisme.

Les effets de la caféine sur le système nerveux central et le sommeil de la femme enceinte

Chacun connaît les effets excitants de la caféine sans en connaître les détails. Ainsi nous consommons du café pour augmenter notre vigilance.

Si les mécanismes du sommeil ne sont pas complètement connus, il semble bien que la chimie intervienne dans le processus d’endormissement. En particulier  l’adénosine inhiberait l’activité cérébrale et déclencherait le sommeil. 

Or la caféine agit sur l’adénosine pour en bloquer les effets et du coup stimule l’éveil.

Les effets de la caféine sur système cardio-vasculaire

Sans rentrer dans les détails, il est aussi établi que la consommation de caféine agit sur le rythme cardiaque pour l’accélérer. Toutefois l’exposition du fœtus au café est très difficile à évaluer. Certaines études ont alerté sur les risques associés à sa consommation, parmi lesquels 

  • manque d’oxygène du foetus
  • tachycardies et autres arythmies. 

Autres hypothèses sur les effets de la caféine enceinte

D’autres études sont encore plus alarmistes et ont établi qu’une consommation excessive peut avoir pour conséquence

  • une augmentation faible du risque d’avortement spontané ou fausse couches
  • une mortalité foetale in-utero augmentée chez les femmes buvant pluis de quatre tasses par jour.
  • une diminution du poids de naissance des nouveau-nés

Avec tous ces éléments en tête, vous comprenez que la caféine n’est pas une molécule anodine pendant la grossesse et qu’il est nécessaire de limiter votre consommation à 5 mug de thé au grand maximum. En effet, n’oubliez pas que la caféine est présente dans d’autres aliments. Donc vous pouvez atteindre les 200mg recommandés avec moins de 5 mugs.

Autres raisons pour limiter sa consommation de thé enceinte

L’impact de boire du thé sur la miction

Les vertus diurétiques du thé en font une boisson appréciée des femmes soucieuses de leur ligne. Boire du thé aide à éliminer !

Or vous aurez déjà tendance à uriner de plus en plus au fur et à mesure que vous avancerez dans le terme. Votre bébé qui grandit pèsera de plus en plus sur votre vessie. Donc vous aurez aussi intérêt à contrôler votre consommation de thé pour ne pas augmenter vos envies pressantes et aggraver ses effets collatéraux. Qui dit envie d’aller aux toilettes, implique souvent de se réveiller la nuit alors que votre sommeil sera déjà souvent perturbé par des moments d’inconfort.

Dans la même perspective, n’oubliez pas que trop uriner peut vous faire courir un risque de déshydratation, nocif pour vous et bébé. Donc adoptez toujours un principe de modération dans votre consommation de thé pendant la grossesse.

Thé et absorption du fer

La femme enceinte voit ses besoins en fer considérablement accrus du fait de
l’augmentation du nombre de globules rouges maternels (nécessitant environ 500 mg de fer), de la constitution des tissus du fœtus (environ 290 mg de fer) et de celle du placenta (environ 25 mg de fer).

Les risques de carence en fer peuvent avoir de lourdes conséquences pour les futures mamans et leur foetus. Non seulement l’accouchement pourrait nécessiter une transfusion sanguine. Mais aussi l’accouchement peut se dérouler de manière prématurée et bébé peut être un « petit poids ». En 2019, une étude suédoise sur 532.232 enfants nées entre 1987 et 2010 a même indiqué que l’anémie de début de grossesse entraînerait un risque :

  • légèrement accru d’autisme et de TDAH
  • accru de déficience intellectuelle

Or, l’effet inhibiteur des tanins du thé, noir ou vert, sur l’absorption du fer non héminique en particulier a été mis en évidence dès le milieu des années 70. C’est particulièrement vrai si vous consommez le thé en même temps que votre repas. Ainsi, au petit déjeuner de type, l’absorption du fer non héminique est réduite d’environ 60 % par la prise du thé. C’est pourquoi on recommande pour consommer du thé enceinte de séparer les moments où vous buvez votre boisson préférée des moments où vous mangez d’une heure minimum. L’effet ne disparaît pas totalement mais l’impact est moindre.

Pour mémoire, deux types de fer existent dans l’organisme

  • le fer héminique : qui intervient dans la constitution de l’hémoglobine. On le trouve dans la viande, la volaille, le poisson et les fruits de mer.
  • le fer non héminique : il intervient dans le transport et les réserves de fer.  On le trouve dans les aliments d’origine végétale. Moins bien absorbé car son assimilation par l’organisme dépend de la composition de notre assiette. A l’inverse du thé, la vitamine C améliore l’absorption de ce même fer d’origine végétale.

En guise de conclusion

Si vous êtes une grande buveuse de thé, vous devrez réduire le nombre de tasses de thé pendant 9 mois pour limiter votre consommation de caféine. Seule une consommation modérée de caféine/théine via le thé – noir, vert… – ne cause pas d’effet néfaste sur le déroulement de la grossesse. Par ailleurs, préférez boire votre thé enceinte en dehors des repas pour limiter l’effet inhibiteur sur l’absorption du fer non héminique.

Sources & Références

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